Éric Rondepierre – Trente Étreintes

Fév 2002

DU 3 AU 21 FÉVRIER 2002

Sans solution de continuité, les photogrammes agrandis de Rondepierre montrent un homme et une femme en train de s’embrasser. La succession des images est improbable, l’ordre temporel suspendu. La rencontre se défait sous nos yeux et se perd dans la durée, il y a presque un siècle (c’est un film muet des années 20). L’embrassade est ici, avant tout, une affaire de distance, d’indifférence ou d’ignorance. Comme souvent chez Rondepierre, la dégradation de la pellicule s’apparente à quelque fluide inconscient en suspens faisant irruption dans la cène, à moins qu’il ne s’agisse de l’union et du pourrissement de la chair des amants.

(…)

Les Trente étreintes d’Éric Rondepierre offrent un exemple éloquent d’une banale histoire d’amour qui se trouve enrichie d’une variété de nuances par les avaries du temps qui ont affecté une vieille pellicule cinématographique. Les photogrammes, tirés et choisis à partir d’un seul plan séquence représentant un baiser hollywoodien, ont subi des altérations qui en racontent bien plus que le film d’origine, sur les émois amoureux de ce couple standard. Chaque image semble raconter une nouvelle histoire. Il apparaît là que les intempéries peuvent démultiplier les possibilités narratives de l’image.

Cf. Bernard Guelton, Isabelle Vodjdani, «  Expositions Salle Michel Journiac 2002-2003  », dans Revue Plastik n°3 – Le Temps des appareils, Publications de la Sorbonne, 2003 p. 123-168