Giovanni Anselmo – Particolare

Déc 2001

DU 7 DÉCEMBRE AU 21 DÉCEMBRE 2001

Les travaux de l’artiste italien Giovanni Anselmo, né en 1934, comptent parmi les œuvres majeures de l’Arte Povera, mouvement artistique qui a voulu rendre visibles sans intermédiaire les structures fondamentales de la réalité naturelle et de la réalité sociale au moyen de matériaux « pauvres » ; ceux-là mêmes que le travail artistique traditionnel n’a pas rendu nobles.

Nous nous arrêterons ici sur plusieurs œuvres d’Anselmo allant dans ce sens et qui surprennent par leur aspect apparemment abstrait : celles où Anselmo s’occupe de concepts métaphysiques fondamentaux comme « tout » ou le « Tout », « détail », « fini » et « infini », « visible » et « invisible », là où il choisit comme instrument de travail les mots mêmes que nous employons pour exprimer ces concepts.

Il s’agit de concepts universels mais dont l’universalité est spécifique : ce ne sont pas des concepts représentant les propriétés des objets d’une catégorie déterminée, mais des concepts dépassant les catégories, par thématisation des prémices de la réalité objective en général. Pour Anselmo, leur mise en œuvre ne correspond en rien à la conception classique selon laquelle la représentation est le moyen de matérialiser le général en un exemple idéal. Et si l’emploi des mots peut faire suspecter que cet emploi des moyens verbaux permet à l’artiste de se  limiter à évoquer des idées sans réussir à rendre visible ce qu’il a imaginé, Anselmo prouve qu’il a su élaborer tout à fait volontairement cette problématique puisqu’il travaille moins avec les concepts et les mots qui les expriment qu’avec des inscriptions concrètes. 

Dans une série d’installations, Anselmo projette les mots « Tutto », « Particolare » sur différents supports ou sur les murs de l’espace d’exposition, au moyen de projecteurs de diapositives. Ce procédé pourrait à première vue sembler une simple caricature de la critique métaphysique positiviste consistant à se limiter à projeter les concepts métaphysiques dans le milieu environnant, sans pour autant nommer avec eux quelque chose de réel. En réalité, Anselmo prend la projection au sérieux, car si l’on prétend que la métaphysique n’est que pure projection, il faut, pour appuyer cette thèse, s’en tenir à l’aspect audible ou visible du concept ou des mots, à moins qu’on ne veuille confesser l’existence d’entités invisibles. Par l’intermédiaire, des projecteurs, Anselmo remplace donc des objets par un énoncé, de la même manière que l’on pose une étiquette sur un récipient pour indiquer son contenu Un tél énoncé exprime quelque chose de vrai : tout ce qui se trouvera désigné par l’inscription « PARTICOLARE » (« détail ») est effectivement le détail de quelque chose et si nous voulons remplacer le cosmos (le tout) par l’inscription « TUTTO », nous pouvons inscrire le mot n’importe où.

En inscrivant la désignation non point sur les objets mais en la projetant sur eux, Anselmo montre clairement qu’être un détail ou être le tout ne constitue pas une propriété distinctive des objets choisis pour la projection : en effet, l’œuvre fonctionne fort bien et reste tout aussi pertinente quelle que soit l’entité sur laquelle se trouve dirigé le projecteur. Mais si malgré tout nous comprenons que la chose désignée est le détail d’un tout, ce ne peut être basé sur une corrélation entre cette chose et une instance visible du mot. En d’autres termes, Anselmo nous fait voir qu ce qui est en heu est quelque chose d’invisible, dans acception très banale du terme. Mais plus qu’une démonstration authentique de la manière dont fonctionne cet invisible, les travaux en sont un exemple. Lorsque par exemple, il coupe en deux le mot «  TUTTO » et projette « TUT » avec un projecteur et «  TO » avec un autre, il court le risque – sans cesse présent en poésie concrète et dans la peinture lettrisme – d’opérer une pure analogie entre les propriétés de l’inscription : comme le tout est constitué de détails, il en est de même du mot.