Hervé Rabot – Avec Elles & Autres Feux

Hervé Rabot

Nov 2010

DU 23 NOVEMBRE AU 10 DÉCEMBRE 2010

Ici, Le roncier – cette haie de végétation touffue – dans laquelle Hervé Rabot photographe jette son corps en aveugle comme d’autres, tels le poète mais aussi le danseur, jettent le leur sur scène, au public et donc dans la bataille; Ailleurs Elles, ces corps nus – ou plutôt ces nudités – devant lesquels le photographe projette son regard cette fois-ci aveuglé par un désir laissé au soin de l’image inouïe ; du noir et du blanc mais aussi des éclats et même des aplats de couleurs dont les tonalités rejoignent dans leur justesse le nuancier des gris, les deux ici alors juxtaposés, mis en série parfois même en séquence ou en diptyque et ce par l’accord à posteriori d’une œuvre photographique qui s’autorise à décliner non le sujet photographié mais l’objet ex-posé, à faire de la photographie un mode d’inscription au monde et non d’inscription du monde. À moins que ce ne soit toujours et encore le photographe qui ne s’ex-pose entre signes et figures, corps et graphies, dans ces éclipses de temps où ne prévaut que le choix d’un lieu et d’une lumière, celui d’un moment mais aussi d’une déprise.

Ainsi c’est au regard seul – aussi aveuglé et aveugle soit-il – qu’il est donné de sonder l’espace pour tenter d’en repousser les limites et construire à la fin, malgré soi et l’autre, une image où la relation au monde – que ce dernier soit de terre ou de chair– dessine une architecture où s’est inscrite l’exaspération d’un regard devant tant de nature désenfouïe. Sensation troublante mais évidence photographique devant ces images-là dont Hervé Rabot semble nous rappeler qu’elles sont moins au service du monde qu’à la mesure de « mondes ».

Michelle Debat, octobre 2010