François Morellet – Π Barocco

Nov 1998

DU 5 AU 18 NOVEMBRE 1998

Vernissage le mercredi 4 novembre de 18h à 20h

L’Université de Paris 1 présentera du 5 au 18 novembre deux nouvelles œuvres de François Morellet de la série intitulée « π Rococos ». Il s’agit d’œuvres en néon (et en « accordéon ») conçues à partir des décimales du nombre π et qui se développeront à l’échelle du lieu d’exposition.

« À la fin de mon existence, il me faut bien admettre que la vie, l’univers, les bérets basques, entre autres… n’ont pas de sens. En revanche, depuis peu, je puis affirmer, avec joie, que les décimales du nombres π, elles, en ont un, et même plusieurs. » (Extrait du texte de François Morellet pour l’œuvre prochainement sur internet).

Après plusieurs décennies d’une fécondation réciproque entre l’ordre et le hasard, François Morellet découvre « une infinité de sens » à la suite énigmatique des décimales du nombre π. Fidèle au principe d’une œuvre générée à partir d’un calcul et d’une procédure simples permettant le minimum de décisions, il « laisse la réalisation de l’œuvre (ou plutôt l’infinité d’œuvres possibles) se dérouler sans lui ». Cette circonscription de la décision qui ménage nécessairement un ou deux principes de départ avec une procédure aléatoire produit par contraste une œuvre d’une grande liberté, clarté et séduction.

Loin de « la main et de ses tremblements », François Morellet est d’abord le fruit d’une attitude qui témoigne d’une vigueur de la pensée et de la création et non l’habileté d’un praticien, du bien ou du « mal foutu ». Il entend par ce « terme familier mais pas vraiment péjoratif , toutes les œuvres d’art dont les traces de fabrication sont volontairement visibles – quand elles ne sont pas elles-mêmes le sujet de l’œuvre – (…)

Cela veut dire que le mal foutu est par principe imprécis, qu’il affectionne les moyens de fabrication amplifiant les irrégularités du travail manuel et qu’il déteste donc tout outil, principe ou système qui guide, corrige ou remplace la main (…) »1.

« François Morellet donne l’impression d’un accomplissement sans effort et joue, ou plus exactement, se joue des limites territoriales, physiques et spirituelles de la peinture et de la sculpture. » (…) Il « travaille sur le seul trisme de sa méthode : ses œuvres, comme il le rappelle, « pasteurisées, garanties sans message, sans transcendance, sans absolu etc… » ont besoin « d’un système contraignant pour naitre » et d’un milieu contraignant pour le parasiter »2.

Le néon qu’affectionne particulièrement François Morellet  a été utilisé dès les années soixante pour sa capacité à redessiner l’espace, le lieu de l’œuvre et son appréhension par le spectateur, alors que nombre d’artistes l’utilise d’abord comme un support scriptural (Mario Merz, Joseph Kosuth, Bruce Nauman). Outre ses propriétés intrinsèques qui sont de générer la lumière plutôt que de la réfléchir, il appartient à un décor urbain banalisé et présente des qualités de neutralité qui ne sont pas pour déplaire à l’artiste.

1. François Morellet , « Le mal foutu et le moins que rien », cat. des expositions à l’École d’art de Dunkerque et à la Galerie Durand-Dessert, 1998.

2. Pascal Pique, H. Bize, « François Morellet », Catalogue Nancy-Marsal-Delme, 1993.