UNE IMAGE MORCELÉE

Le 26 août 1970 – jour du 50e anniversaire du droit de vote des femmes aux Etats-Unis –, neuf femmes marquent leur soutien à la manifestation new- yorkaise du Women’s Liberation Movement en organisant une marche sauvage au pied de l’Arc de Triomphe à Paris. Elles déposent une gerbe de fleurs en hommage à la femme du soldat inconnu. C’est l’acte de naissance du Mouvement de Libération des Femmes (MLF).

Outre un reportage télévisé, seules trois photographies sont aujourd’hui connues de cet événement. C’est toute l’ambivalence du féminisme français. S’il a parcouru la société entière, il a été peu documenté de l’intérieur. Catherine Deudon et Janine Niépce ont photographié les manifestations de rue comme les réunions informelles. Surtout, elles ont cherché à rendre compte de la joie de femmes qui voulaient donner à leur mouvement un caractère festif et libératoire.

Malgré des dissensions internes rapides, c’est autour du corps féminin et du rôle au sein du couple que toutes font cause commune. Les revendications trouvent un écho près de cinquante après : accès libre et gratuit à l’avortement, lutte contre les violences faites aux femmes – viol notamment -, liberté des femmes à disposer de leur corps, et égalité hommes- femmes dans les tâches domestiques.

Ces grands thèmes parcourent les vidéos de l’époque. Maso et Miso vont en bateau des Insoumuses (1975) fait par son ton ironique figure de sommet critique du discours public d’alors. En raillant le rôle traditionnel assigné aux femmes, cette œuvre met à jour le poids des stéréotypes auxquels elles sont quotidiennement confrontées.

Les vidéos de Danielle Jaeggi et Michka Gorki et la performance Encoconnage de Françoise Janicot – connues sous forme de photographies et de film – décrivent elles cet enfermement sur un mode plus intime. Le corps des femmes devient le lieu même du combat à mener.

Le dépôt en 1979 du sigle MLF par Antoinette Fouque, leader du groupe Psychanalyse et politique, mieux connu sous le diminutif psyképo, est perçu avec colère et met à mal un mouvement basé sur la démocratie directe. Les tentatives de récupérations politiques, notamment par l’extrême gauche puis par le PSU de François Mitterrand, continuent de le distendre.

À un an du cinquantième anniversaire de naissance du MLF, nous pourrions reprendre en chœur avec Lisa Rovner le titre éminemment contemporain de sa série : “I can’t believe I’m still protesting this shit”.